PETITE VISITE HISTORIQUE DE LIMOGES

Construite initialement sur la rive droite de la Vienne, autour de deux noyaux historiques, le Château et la La Cité, la ville de Limoges s'est peu à peu, aux XIXe et XXe siècles, étalée autour de ces centres, dépassant les remparts médiévaux, dont seul le tracé, repris par les boulevards Gambetta ou Louis Blanc par exemple, est encore visible.
Le centre-ville historique est divisé en deux parties : le quartier du Château, qui rassemble les rues commerçantes, le centre « économique » de la ville, plusieurs bâtiments publics et administratifs importants : préfecture, conseil général, Opéra-théâtre, halles, cinéma, etc. Il est entouré par les principaux carrefours de la ville, étoiles d'où partent les principales artères : place Denis Dussoubs, carrefour Tourny, place Léon Betoulle, place des Carmes, place Winston Churchill. Son architecture est diversifiée : les maisons médiévales à colombages, comme celles du quartier de la Boucherie, côtoient les immeubles Art déco du Verdurier, édifiés après de vastes opérations de grandes démolitions d'ensembles anciens entrepris depuis la Révolution, et habitat récent. En effet, la ville possède depuis le XVIIe siècle une image de cité sale aux rues étroites et aux immeubles mal bâtis[5]. Les effets de ces destructions hâtives destinées à « redorer » une image ternie sont particulièrement visibles autour de l'actuelle place de la République, place Manigne ou rue Jean Jaurès.

Porcelaine Blanche de Limoges

Natalia Borskaya vainqueure du Tour 2009 remporte une assiette de porcelaine Blanche entourée d'un filet d'or de 5cm de largeur.
L'autre noyau central, la Cité, est plus à l'écart des grands axes. Dominant la Vienne, il est occupé en son centre par la cathédrale, à partir de laquelle rayonnent d'étroites rues médiévales telles la rue des Allois ou la rue Porte-Panet. Le musée et les vastes jardins de l'Évêché s'étendent dans la partie sud du quartier. L'architecture est quasi-uniquement ancienne, caractérisée par les maisons à colombages. Le seul élément récent important est le Conseil régional, situé sur le boulevard de la Corderie, ancienne limite de la Cité, et bâti entre 1986 et 1988 par Christian Langlois.
La fontaine de la place de la République. Cette place centrale de Limoges est le symbole de la rénovation de la ville dans les années 1960, aujourd'hui très contestée, orchestrée sous le mandat de Louis Longequeue.
Différentes zones bâties se sont succédé autour du centre-ville : la première, hétéroclite, délimitée par les boulevards extérieurs, comprend au nord des quartiers ouvriers : on y trouve majoritairement de petites maisons individuelles aux façades caractéristiques du début du XXe siècle (dits « pavillons Loucheur »), dans les quartiers Montplaisir, les Ruchoux, Grand Treuil, la Brégère.
Le quartier « aisé » des Émailleurs, bâti autour du square du même nom, occupe le sud-ouest de cette grande zone. Il est bordé à l'est par le quartier de la Mairie, occupé par de nouveaux bâtiments tels la faculté de Droit, la BFM, et d'autres plus anciens comme la Cité administrative.
L'urbanisme du XXe siècle est marqué par les cités ouvrières, mouvement entrepris à l'image de bon nombre de villes à l'époque, à l'initiative de la municipalité, qui tente de faire face aux conditions de vie déplorables dans les logements de l'entre-deux-guerres. La plus ancienne est celle de Beaublanc, bâtie sur deux hectares et s'inspirant des réalisations britanniques. Elle comprend vingt-huit immeubles de deux étages équipés de l'eau, de l'électricité et du gaz. Celle des Coutures, proche de la gare des Bénédictins, a été créée pour les cheminots.

La Gare de Limoges Bénédictin
Chronologiquement, les premières sont conçues comme des cités-jardins aux maisons semblables, urbanisme typique du début du siècle (Beaublanc, Albert-Thomas) ; d'autres sont des groupes d'immeubles entourant des cours plus ou moins fermées (Victor-Thuillat, et donc les Coutures), les dernières sont des barres d'immeubles (Rodolphe-Maon). Ainsi, de 1924 à 1956, 1 800 logements sont livrés.
Au-delà des boulevards extérieurs, ainsi que sur la rive gauche, s'étalent lotissements pavillonnaires récents, barres et tours séparés par de vastes espaces verts (Val de l'Aurence, Auzette, bois de la Bastide), et plus loin encore les zones industrielles. Limoges voit ainsi dans les années 1950-1960 se modifier considérablement son urbanisme, alors que l'industrie tient une place encore très importante dans la vie économique de la capitale régionale. Ces quartiers rassemblent une majeure partie de la population au sein des ZUP (Aurence), ainsi que plusieurs grands bâtiments comme le CHRU de Limoges et l'hôpital du Cluzeau. Le gigantesque quartier extérieur de Beaubreuil, véritable ville en dehors de la ville, rassemble pavillons et HLM autour de quelques structures administratives, culturelles et sportives, et de grands centres commerciaux : le centre culturel municipal Jean Moulin, la bibliothèque de Beaubreuil, ... Il fait suite à la ZUP de la Bastide, sortie de terre en 1959. D'autres bâtiments et ensembles, même dans le centre, datent de cette époque : le parc des sports de Beaublanc, le Grand Théâtre, la place de la République, etc.
Prenant conscience de l'atout qu'est sa situation naturelle, la mairie lance dès 1965, sous l'impulsion de M. Gilbert Font, adjoint au maire, un projet d'espaces verts autour de la ville. Le premier quartier écologique de France était envisagé dans l’ouest de la ville : il devait être composé de 121 logements dits HQE (Haute Qualité Environnementale)[7]. Ce projet a été abandonné, en raison de la crise que connaît actuellement le secteur immobilier, à Limoges comme ailleurs.
Espaces verts
Limoges est ville fleurie par le Conseil National des Villes et Villages Fleuris de France, Lauréat européen en 2001 et Prix national en 2002.
Limoges bénéficie en effet d’une situation privilégiée, de par la proximité de la campagne environnante. De plus, de nombreux parcs agrémentent la ville. Certains ont une histoire déjà importante :
- le jardin d’Orsay, (1,8 ha), est le plus ancien, puisqu'il a été créé par l'intendant Boucher d'Orsay au XVIIIe siècle. Il situé à l’ouest du vieux centre-ville, entre le palais de justice et la place des Carmes. On y trouve un des monuments aux morts municipaux. Les vestiges de l’antique amphithéâtre romain de la cité d’Augustoritum sont enfouis sous le parc ;
- le jardin de l'Évêché, (5 ha au total), est, comme son nom l'indique, l'ancien jardin d'agrément du palais épiscopal construit à partir de 1777, devenu jardin public. Il regroupe près du musée du même nom, sur environ quatre hectares, un jardin botanique, un jardin à la française et un parc de jeux ;
- le Champ de Juillet, (4 ha) a été créé au XIXe siècle pour servir de terrain de manœuvre ; son nom est une confusion entre champ de Mars et la monarchie de Juillet. Il est situé au pied de la gare des Bénédictins et orné de nombreuses statues. Ce vaste espace accueillait autrefois la Foire-Exposition et qui est désormais le lieu de tenue de la grande fête foraine d’hiver, laquelle se tenait alors dans le jardin d’Orsay ;
- le parc Victor Thuillat (3,7 ha) porte le nom d'un conseiller municipal de Limoges. C'est l'ancien jardin d'agrément du petit manoir de la Grange-Garat, devenu jardin public dans les années 1960. Situé dans un quartier ouvrier, au nord-ouest du centre-ville, il est très apprécié de la population voisine grâce à sa rivière anglaise et ses parterres fleuris.

Le pont St Etienne
D'autres jardins publics sont récents et marquent l'expansion de la ville dans la seconde moitié du XXe siècle.
- le parc de l’Aurence, véritable poumon vert occidental de la ville, s'étalant sur près de 40 ha entre Couzeix et Limoges, bordant les cités de la ZUP de l’Aurence et les quartiers résidentiels de Corgnac, Beaublanc et Le Vigenal. Le parc est établi dans la vallée de l’Aurence ;
- le parc de l’Auzette, (16 ha sur Limoges), partant des communes de Panazol et Feytiat. C’est la « coulée verte » limougeaude, trait d’union entre la campagne limousine et le vieux quartier historique des Ponts ;
- les bords de Vienne, bien aménagés ces dernières années, constituent deux bandes de verdure agrémentées de jeux et de structures sportives de Panazol à Condat-sur-Vienne sur la rive gauche et de l'autoroute à la nouvelle voie dite de liaison sud sur la rive droite ;
- la roseraie du Mas-Jambost, route de Saint-Junien, qui abrite plusieurs centaines de rosiers pour 200 variétés ;
- le bois de la Bastide, (plus de 90 ha), entre la zone industrielle Nord et Beaubreuil, est le lieu de promenade privilégié des sportifs (parcours de santé). C'est une partie de l'ancienne forêt entourant le château de la Bastide. Il est situé non loin du lac d’Uzurat, voulu par l’ancien maire Louis Longequeue, où se trouve aussi le camping municipal.
La ville historique a été fondée à la période romaine au sein de la tribu des Lémovices, sous le nom d’Augustoritum, à la fin du Ier siècle avant notre ère. Le nom de la ville est la traduction du latin « gué d'Auguste ». La cité est placée au carrefour de deux grands axes économiques majeurs de l’époque : une branche de la Via Agrippa qui joignait Lugdunum (Lyon) à Mediolanum Santonum (Saintes), et la via Avaricum Tolosa entre Toulouse et Bourges. Augustoritum suivait le plan romain, c’est-à-dire des rues perpendiculaires et parallèles entre elles. Elle possédait un théâtre, des thermes, et un amphithéâtre, dont l’emplacement actuel est celui du jardin d’Orsay.
Saint Martial évangélise la région à la fin du IIIe siècle.
La ville subit au IVe siècle les invasions barbares et la population quitte progressivement la ville antique ; une partie trouve refuge dans la Cité fortifiée.
Au début du VIIe siècle, les Francs s’emparent de la ville. C’est l’époque du futur célèbre saint Éloi, originaire de Chaptelat.
En 848, les gardiens du tombeau de saint Martial prennent l'habit monastique. Ainsi naît, à côté de la Cité, le monastère de Saint-Martial dont le rayonnement suscitera une nouvelle agglomération, le castellum Sanctis-Martialis, le Château.
Au Xe siècle, saint Martial devient le protecteur de la ville suite au miracle du mal des ardents (maladie causée par la consommation de pain de seigle ergoté) : l’exposition de ses reliques a permis la guérison des malades accourus dans la ville. Depuis, tous les sept ans, ont lieu à Limoges et en Limousin les ostensions : on ressort les reliques des saints pour une procession en mémoire de cet épisode de l’histoire régionale.
Coquille en métal présente dans les rues de Limoges, et symbolisant le chemin de pèlerinage
Au Moyen Âge, Augustoritum, devenue Limoges, est une ville prospère, bien que divisée en deux : la Cité, siège religieux où est située la cathédrale Saint-Étienne, et le Château, autour du monastère Saint-Martial. L'action d'un moine lettré de cette abbaye, Adémar de Chabannes, conduit à la proclamation de l'apostolicité de saint Martial ; rangé ainsi au rang des apôtres, le saint protecteur draine un courant de pèlerinage fructueux pour le monastère et la ville. Dénoncée dès le XVIIe siècle, cette apostolicité est définitivement abandonnée au début du XXe siècle.

La Câthédrale et le Pont St Martial
La ville prend également de l’importance grâce à sa situation sur la Via Lemovicensis du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Au XIIe siècle, le vicomte Adémar fait incendier la Cité mais fut condamné à la reconstruction. À la mort du roi de France Louis VI, son fils reprend le pouvoir mais perd la province du Limousin en répudiant sa femme. Celle-ci se remarie avec le roi d’Angleterre Henri Plantagenêt. Cette situation entraîne donc une suite de conflits qui culminent avec la guerre de Cent Ans.
En 1370, la Cité, vassale du roi d'Angleterre, ouvre ses portes aux troupes du roi de France ; le Château voisin reste fidèle au roi anglais. Le Prince Noir, quoique malade, accourt à la tête de son armée, met le siège devant la Cité et fait creuser une mine sous les remparts. La brèche faite, le massacre est grand mais bien moins que ne l'affirme Froissart dans ses chroniques. La Cité ne se relèvera jamais vraiment de ce drame.
En revanche, au XVIIe siècle, la Contre-Réforme eut une grande importance dans la ville : six compagnies de pénitents sont créées (noirs, rouges ou pourpres, et blancs, qui ont laissé leurs noms à des rues de la ville, mais aussi gris, bleus et « feuille-morte », d'après la couleur de leur tenue). De nombreux couvents sont fondés (Visitation, ursulines, etc.), d'autres réformés (bénédictins, Saint-Martin des feuillants, etc.). Le collège des Jésuites, enfin, oriente la formation des élites limougeaudes. À ce tableau s'ajoutent l'importance des ostensions et de processions à grand spectacle (procession de l'octave de la fête du Saint-Sacrement, en particulier). Limoges y gagne le surnom de « ville sainte ».
Au XVIIIe siècle, l’intendant Turgot améliore considérablement le réseau routier limousin, relance l’économie limougeaude, favorise la création et le développement d’industries textiles, du cuir... Mais le véritable tournant est celui de 1765 : un gisement de kaolin est découvert à Saint-Yrieix-la-Perche, à 40 km au sud de Limoges. L’industrie de la porcelaine est lancée.
La Révolution est peu marquée à Limoges. Un bref épisode de la Grande Peur y est signalé. La déchristianisation connaît comme partout les confiscations des biens du clergé et les fermetures d'églises. Un prêtre, l'abbé Chabrol, est tué dans une émeute plus ou moins spontanée, et quelques prêtres sont guillotinés. En 1792, la Cité et le Château sont enfin réunis, formant une commune unique.
Cette photographie datant du 1er juillet 1940, prise Place Jourdan, montre une automobile de la propagande allemande entourées de limougeauds venus aux nouvelles
Durant toute cette période, les milieux ouvriers limougeauds se détachent progressivement de la pratique religieuse pendant que l'importance d'une franc-maçonnerie dynamique et militante s'accroît. Le mouvement coopératif et mutualiste prend une grande ampleur. En témoigne la construction en 1911 du bâtiment Ciné-Union par la coopérative « l'Union de Limoges », qui sert autant de salle de réunion que de spectacle. Il est désormais un bâtiment du Centre dramatique national. Aux élections, la municipalité passe à droite en 1906, puis de nouveau en 1908 avant de basculer à gauche en 1912 pour s'y maintenir durablement. Léon Betoulle est élu maire en mai 1912, battant Louis Goujaud, lors d'une séance homérique. Il est réélu en 1919, 1925, 1929, 1935, et redeviendra maire après la Libération, en 1947.
Les événements de 1905 avaient été marqués par une forte hostilité entre les manifestants et l'armée, chargée du maintien de l'ordre. Depuis cette date, l'État-major avait une mauvaise opinion de la mentalité limougeaude. C'est peut-être pour cette raison, entre autres, que, lors des revers français d'août 1914, le maréchal Joffre (alors encore général) assignait à résidence à Limoges, des officiers qu’il avait relevés de leur commandement. De cet épisode est né le terme de limogeage.
Le secteur industriel est à son apogée entre 1850 et les années 1930. En témoigne la création des grandes usines porcelainières Haviland, en 1892, dans le quartier du Mas-Loubier et dès 1852 sur le site de l'actuel Centre commercial Saint-Martial. La première de ces usines devient rapidement la plus grande usine de la ville en faisant marcher 17 fours et 800 ouvriers en 1907. Parallèlement à ces structures imposantes, la micro-industrie porcelainière perdure, avec des entreprises telles l'usine Labesse, qui emploie 90 personnes de 1873 à 1938.
La ville fait partie de la zone dite libre avant 1942. Le 21 août 1944, une semaine après Brive, Limoges est libérée par les résistants FTP, sous le commandement de Georges Guingouin, célèbre maquisard limousin surnommé « Lo Grand » (le grand).

Hôtel de Ville
HISTORIQUE PORCELAINE DE LIMOGES
SITE OFFICIEL DE LA VILLE DE LIMOGES